24 7 / 2012

Approche-toi.

Encore plus près.

Viens, je te dis. Je suis douce. Je voudrais te faire sentir quelque chose.

Attends, je t’attrape par l’oreille. Comme ça tu seras tout proche et je pourrai bien tout t’expliquer correctement.

Voilà. Tu as le nez dedans. Dans cette minuscule tasse fumante aux bords épais - épais parce qu’ils gardent la chaleur - et les effluves du caffè à peine torréfié te montent à la tête.

Tu sens ? Ca sent bon. On laisse forcément s’échapper un mmmhhhh

QU’EST CE QUE TU FAIS ? Reviens ici ! Tu veux… T’ASSEOIR ?!

Non. On reste debout. Élégamment debout. Parce que "Il caffè buono si beve al Bar". C’est écrit dessus.

Parce qu’ il caffè en Italie se boit debout au bar. On ne boit pas un caffè pour discutailler pendant des heures. Il caffè est un plaisir solitaire, c’est lui et toi, pendant quelques secondes. On prend un caffè parce que c’est bon. Laisse le temps s’arrêter. Et apprécie.

La seule fois où tu as le droit de le boire à table, c’est après le repas dans un restaurant. ET ENCORE. Les ritals le prennent souvent au moment de payer, donc, au Bar. CQFD.

On n’a pas besoin de jouer des coudes, même s’il y a du monde. Pourquoi ? Parce que ce moment là, du caffè, il est sacré pour tous. C’est d’ailleurs un des rares moments de la journée où les Italiens font preuve d’un civisme exemplaire. Et si tu es une fille, une fois sur deux on te l’offre.

On ne gâche pas, jamais, ce moment.

Donc, on s’avance vers le bar, on boit son caffè d’une traite, on échange quelques amabilités ou les derniers résultats du Calcio avec il barista, on sourit à la jolie Italienne (moi, au hasard) - ou au bel Italien (selon) - puis on s’en va.

30 secondes à tout casser. Une institution ritale. Un MONUMENT. La Chapelle Sixtine au fond de ta tasse.

Mais avec toi, on va prendre tout le temps nécessaire pour que tu ne boives plus jamais du café, mais du caffè.

Je t’entends penser : “Mais pourquoi elle ne dit pas Espresso ?

Parce que c’est pareil. Un caffè en Italie, c’est FORCEMENT un espresso. La distinction, on la fait dans les autres pays, quand des génies du marketing ont voulu te faire croire qu’en Italie on buvait de l’espresso et pas du café (?!).

Alors ils t’ont vendu un…”Nespresso”.

Et toi tu es tombé dans le panneau. Tu les as cru. Tu penses faire un café “à l’Italienne” en faisant un “Nespresso”. Ils en ont fait un truc snob. Alors que le caffè, c’est le truc le plus démocratique et populaire en Italie. Même en plein centre de Milan ou de Rome tu peux boire un caffè à 1 euro maximum. Et eux, ils en ont fait un truc élitiste. L’antithèse du caffè.

JE LES HAIS.

Ils ont tué la saveur, ils ont tué l’odeur, ils ont tué l’ame même du caffè.

Je vais te dire : tu sais à quoi ça me fait penser Nespresso ? A une contrefaçon. Tu sais, comme une basket avec 4 bandes, ou un polo avec un crocodile chelou. C’est pas l’original. Et comme souvent, la pale copie en a peut-être la couleur - et encore -, mais pas grand chose d’autre.

Un. Truc. Cloche.

Ouais. Y’a un truc qui cloche.

Je vais brûler George Clooney et plus rien ne clochera, tu verras.

Les Italiens n’ont pas inventé le caffè. Non, c’est vrai. Ni la Pasta d’ailleurs. Mais ils ont mis de la MAGIE dedans. Ils ont pris quelque chose qui existait déjà, et ils l’ont sublimé.

Regarde ça marche pour tout.

Les voitures et les motos ? Sublimées.

Les fringues et les chaussures ? Sublimées.

La bouffe, les glaces, le café ? Sublimés.

Le vin ? Sublimé. (oups)

Etc.

On met de la MAGIE dedans, on est comme ça. Et on fait rêver avec des choses simples. Oui, je sais, on est excessifs et on fait souvent rire avec nos embrouilles aussi, et notre Commedia dell’Arte. Je ne le nie pas. Mais c’est pour équilibrer.

J’aime cet équilibre fou, dingue, schizophrène, hystérique, … entre le magnifique et le lamentable.

Alors, tu vois, quand tu vas venir en Italie, tu vas boire du caffè dans les règles de l’art. Tu ne me fais pas honte en cherchant à le boire comme en France. Et quand George te dira “What Else ?" tu lui répondras "Viens, Giorgio, je vais te montrer LE RESTE…

(LE MEC VIT EN ITALIE EN PLUS !) (Ok, j’arrête).

Je ne parle pas non plus de Starbucks ?

Tu as compris ? Des terroristes du café.

Tu vas découvrir ce qu’est le vrai caffè. Le simple. Le sans chichis. L’authentique.

Peut-être que tu connais déjà d’ailleurs et que tu es un adepte. Celui qui laisse un bon goût - longtemps - dans la bouche. Celui qui a une petite mousse dorée et une odeur entêtante. Celui qui coule bien chaud dans la gorge. Celui qui est si court qu’il se boit en deux gorgées. Celui qui est si fort que ta cuillère pourrait tenir debout toute seule dedans.

Pas l’espèce d’eau sale qu’on te sert à l’étranger. Je dois dire que le café français n’est vraiment pas le pire dans le monde. Mais j’ai déjà terrorisé plusieurs serveurs avec mon “Il est bon ce café ? Vous le faites comment ? Montrez-moi la machine. Vous savez le faire ou pas ? Non mais je veux dire, vraiment ?”. C’est une GROSSE DECEPTION à chaque fois, j’ai laissé tomber.

Mais là, on est au bar, en Italie. Il est 8h du matin. Les quotidiens du jour - enfin, surtout la Gazzetta - passent entre les mains des Italiens, les jeunes, les moins jeunes. D’ailleurs tu notes tout de suite que quand même, ils ont la classe avec leurs lunettes de soleil. Tu te demandes comment c’est possible de si bien les porter (c’est un don de la Nature, je ne vois que ça).

Je pense qu’en Italie, il y a autant de sortes de caffè que de villes. J’en découvre des nouveaux à chaque fois : caffè, ristretto, corretto, macchiato, macchiato freddo, macchiato caldo, marocchino, cappuccino, caffè vetro,… J’en passe. Parce que j’en oublie.

Bon le matin tu as le droit à tout, sauf peut-être au Corretto (café corrigé à la Grappa), mais bon c’est toi qui voit, hein. Généralement, je suis du genre “Pas de violence le matin” donc c’est cappuccino.

Un vrai. Avec la mousse de lait montée si fermement que ça fait comme un oreiller pour le sucre. Tu le regardes tomber doucement et ssshhhhhh… disparaître au fond.

Quelques secondes de MAGIE.

CELA N’A DONC RIEN A VOIR NI DE PRES NI DE LOIN AVEC L’EAU SALE A LA CHANTILLY INDUSTRIELLE ET AU CACAO QUE TU BOIS EN FRANCE.

Mais attention. Après 10h30 et à moins d’être dimanche, je veux voir une ordonnance médicale - qui stipule que tu as le droit - si tu veux commander un cappuccino.

D’où ça sort cette histoire de boire un cappuccino après le déjeuner - ou pire - LE DÎNER ? Non mais tu me vois commander un lait au Nesquick après mon magret de canard ?

Le Cappuccino c’est au petit-déjeuner et BASTA.

Si les Italiens te regardent bizarrement, tu penses que c’est parce que tu es Français et qu’ils n’aiment pas les Français.

C’EST FAUX.

Ils te regardent bizarrement parce que tu bois un cappuccino à 19h, voilà la sombre vérité.

Le reste du temps, si le caffè est trop fort pour toi, je te concède le macchiato. Littéralement ça veut dire “taché”. Taché de lait.

Quand je rentre de France en voiture, je passe la frontière, et je m’arrête sur la première aire d’autoroute que je croise, juste pour boire un caffè.

Et oui, parce qu’en Italie il caffè est délicieux, MÊME SUR L’AUTOROUTE.

Donc, fais-moi plaisir. Si tu veux boire un caffè à l’Italienne chez toi :

Petit a : Tu balances tes capsules suisses par la fenêtre. Ca se saurait si les Suisses savaient faire un caffè.

Petit b : Si tu aimes les machines à espresso tu en prends une VRAIE, une traditionnelle (Illy, Bialetti, Lavazza,…), avec du vrai café moulu pour machines à espresso. Celui qui est torréfié trèèèèès fin. C’est moins cher et c’est meilleur.

Petit c : Tu achètes une MOKA Bialetti. C’est la Ferrari de la cafetière. Ca coûte pratiquement rien et tu la gardes toute ta vie. Tu changes le joint pour quelques centimes 1 fois par an. J’ai la mienne depuis 15 ans. Et tu sais ce qui est merveilleux ? Elle chante. Quand le caffè est prêt. Et plus tu fais du caffè, plus il est bon. Juré.

Petit d : Je ne t’ai pas parlé des cafetières à filtres en papier parce que je ne voudrais pas faire un ulcère à mon age.

On aime tellement le caffè en Italie qu’on attend impatiemment la fin du repas, quand la Mamma arrive a table avec la grande Moka fumante et bourdonnante.

La Dolce Vita, c’est exactement ça.

C’est un peu de beauté et un peu de magie dans les choses les plus simples.

Et pour te le prouver, la photo de ce post, c’est moi qui l’ai prise. Les Ritals te font un petit coeur dans ton macchiato. C’est un sourire en le voyant. Puis c’est bon. Tu n’es jamais déçu.

Tu vas adorer, crois-moi. Alors déguste-le ce caffè, puis, tiens, je te prête même ma Vespa pour parfaire le tableau.

Non je déconne.

:-)

Un bacione !

@flonot

PS : Et pour le faire chez toi, dans la plus authentique tradition italienne, c’est ici

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